Pour Solidaris, la réforme du paysage hospitalier est non seulement nécessaire mais elle est aussi urgente car l’hôpital tel qu’on le connaît n’est plus viable.
Pour Solidaris, la réforme doit avoir pour ambition un secteur hospitalier intégré, durable, et efficient, capable de fournir des soins de haute qualité, accessibles à l’ensemble de la population avec une meilleure utilisation des « ressources rares », qu’elles soient financières ou humaines.
« Nous partageons pleinement l’inquiétude exprimée par les fédérations hospitalières. Déplacer des prestations hospitalières vers des structures qui ne relèvent pas du secteur hospitalier risque d’accroître les inégalités d’accès aux soins et d’ouvrir davantage la porte à une médecine à deux vitesses.
Pour Solidaris, l’organisation des soins doit rester guidée par l’intérêt du patient et l’égalité d’accès, pas par des logiques de fragmentation ou de rentabilité. », souligne Jean-Pascal Labille, Secrétaire général de Solidaris.
En difficulté financière structurelle, avec un personnel sous forte tension, l’hôpital est confronté à l’évolution rapide des besoins. Il est insuffisamment préparé pour affronter les grands défis socio sanitaires de notre époque : crises climatiques et sanitaires, dégradation de la santé mentale, creusement des inégalités sociales de santé.
L’enjeu est de garantir l’équilibre entre accessibilité des soins, qualité des soins et efficience, ce qui implique que la réforme respecte les sept balises suivantes :
- La réforme doit viser plus de coopération pour orienter le patient vers le bon niveau de soins tout au long de son « trajet hospitalier ». Solidaris soutient la classification en quatre types d’établissements de soins : Hôpital Universitaire, Hôpital Général Régional, Centre Médical Local, Hôpital de Soins Intermédiaires. Ce nouveau concept clarifie la répartition des tâches et renforce les complémentarités à condition, bien sûr, que les partenaires assument une responsabilité partagée envers le patient. C’est pourquoi il faut des liens structurels forts entre ces quatre niveaux et en particulier entre un centre médical local et un hôpital. Le développement parallèle de structures ambulatoires privées sans lien structurel avec un hôpital régional ou universitaire renforcerait la fragmentation et irait à l’encontre de la dynamique d’intégration des soins hospitaliers tout en générant une concurrence sur les « ressources rares » dans un contexte de pénurie de professionnels de soins. Solidaris soutient dès lors l’appel des fédérations hospitalières à s’opposer à un transfert de prestations hospitalières vers des structures ne relevant pas du secteur hospitalier, ce qui accentuerait les inégalités d’accès aux soins et favoriserait l’émergence d’une médecine à deux vitesses ;
- La réforme doit s’inscrire dans le cadre d’une programmation de l’offre hospitalière sur base des besoins mesurés par territoire de soins. La reconversion des sites ne peut être laissée exclusivement à l’initiative des hôpitaux eux-mêmes au risque de voir apparaître des « déserts médicaux », dans certaines zones, et, des concentrations non souhaitées de soins spécialisées, dans d’autres. La réforme doit dès lors être supervisée par l’autorité publique et s’inscrire dans le cadre d’une programmation de l’offre hospitalière sur base des besoins mesurés par territoire de soins. Pour Solidaris, la réforme offre l’opportunité de redessiner le paysage des soins de santé en Belgique de manière cohérente en partant du découpage en zones de soins de première ligne (organisation locale de soins en Wallonie, bassins de soins à Bruxelles, zones de soins régionales en Flandre) ;
- La réforme doit viser l’intégration des soins au-delà du « trajet » purement hospitalier afin d’assurer la qualité et la continuité des soins pour le patient. Par ailleurs, pour réussir, la réforme du paysage hospitalier doit pouvoir s’appuyer sur une première ligne forte (en particulier pour la gestion des urgences et des soins non planifiés) mais aussi sur un renforcement des structures de soins en amont et en aval de l’hôpital, en particulier les établissements de revalidation et les soins à domicile, pour faire face à la diminution de la capacité hospitalière. Vu les compétences partagées entre le fédéral et les entités fédérées dans ces différents domaines, une vision commune et un engagement partagé et durable de l’ensemble des niveaux de pouvoir concernés sont indispensables ;
- L’accessibilité rapide aux soins urgents doit être garantie pour tous. Le principe de base doit être que chaque citoyen, quels que soient son lieu de résidence ou le moment, ait accès au niveau de soins approprié, dispensé par le prestataire de soins adéquat et au moment opportun. Ce n’est pas la structure dans laquelle les soins sont dispensés mais les besoins de soins du patient qui doivent constituer le point de départ. Ceci implique notamment de prévoir une prise en charge des urgences non vitales dans les « centres médicaux locaux » de proximité mais aussi de renforcer les liens avec les postes médicaux de garde de première ligne. Par ailleurs, les spécificités régionales et les délais d’intervention des services d’ambulance doivent être pris en compte pour garantir l’accessibilité avec la possibilité de dérogations aux modèles organisationnels standard sous conditions claires ;
- La question de l’attractivité des professions de soins doit rester centrale. Il ne suffit pas de rationaliser l’offre hospitalière pour répondre à la pénurie de personnel soignant. Les hôpitaux doivent être des lieux de travail attractifs pour les professionnels de santé et les autres collaborateurs. Les conséquences de la réforme sur les profils de fonction, les missions et l’organisation du travail, ainsi que sur une éventuelle intensification de la charge de travail, doivent être identifiées et analysées à temps et les solutions concertées au sein d’un dialogue social structurel ;
- Les gains d’efficience générés par la réforme doivent rester dans le secteur pour résorber le sous financement et pour améliorer l’accessibilité financière aux soins des patients. L’objectif de la réforme ne doit pas être de faire des économies. Solidaris plaide pour que les gains d’efficience restent dans le secteur et soient utilisés pour résorber le sous-financement et améliorer l’accessibilité financière aux soins hospitaliers. La redistribution des gains d’efficience doit dès lors être conditionnée à une réduction des suppléments facturés aux patients hospitalisés. Les gains d’efficience pourraient aussi être utilisés pour couvrir l’augmentation des coûts du transport hospitalier non urgent pour les patients et leurs familles vu les déplacements plus longs qu’induirait la réforme ;
- Il faut prévoir une phase de transition de dix ans, jusqu’en 2036, pour une mise en œuvre progressive assurant la continuité et la qualité des soins ainsi qu’un soutien financier suffisant pour permettre aux structures de s’adapter.
« Solidaris soutient la réforme du paysage hospitalier mais sera attentive à chaque étape pour que l’accès aux soins et leur qualité soient garantis aux patients », conclut Jean-Pascal Labille, Secrétaire général de Solidaris.