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Toutes les études le confirment : la santé mentale des jeunes générations se dégrade depuis bientôt 20 ans et plus rapidement que celle du reste de la population.

 

La proportion de jeunes de 15 à 24 ans souffrant de troubles anxieux a ainsi été multipliée par quatre (de 3,5% à 16 %) entre 2008 et 2024. Aujourd’hui, près d’un jeune sur quatre (23,1%) présente un trouble anxieux et/ou dépressif contre 17,8 % pour l’ensemble de la population. Les jeunes sont désormais la tranche d’âge la plus touchée par les idées suicidaires (8,3% contre 5,5% en moyenne) et le suicide est la première cause de mortalité chez les jeunes femmes (29% des décès), la troisième chez les jeunes hommes (15% des décès). Les études soulignent aussi que les signes de ce mal-être apparaissent de plus en plus tôt : ainsi, 50 % des troubles mentaux débutent avant 14 ans et, de 16 à 18% des enfants de 1 à 5 ans présentent un trouble de santé mentale.

 

Bien que mise en évidence par la pandémie de COVID-19, la dégradation de la santé mentale des enfants et des jeunes s’est déclarée bien avant celle-ci et se poursuit depuis. Le mal-être d’une partie croissante de la jeunesse n’est pas un épiphénomène, mais une tendance structurelle qui se perçoit mondialement.

 

Les jeunes générations vivent sous une accumulation inédite de menaces – réchauffement climatique, guerres, fragilisation de la démocratie, affaiblissement des protections collectives – mais aussi de pressions – pressions scolaires et professionnelles, précarité économique accrue, individualisation et isolement social, réseaux sociaux chronophages et addictifs.

 

La crise de la santé mentale des jeunes se heurte par ailleurs à la fragilisation des services publics qui aggrave leurs vulnérabilités. En particulier, le sous financement de la prévention et des dispositifs de détection précoce, ainsi que la saturation des services de psychiatrie et de pédopsychiatrie, retardent la prise en charge des jeunes en souffrance, accentuant les inégalités sociales et territoriales. Par ailleurs, tous les acteurs communautaires – enseignants et éducateurs, travailleurs sociaux, services d’accueil et de protection de la jeunesse, services de santé de proximité, centres psycho-médico-sociaux… – qui contribuent au soutien, à la protection et au développement global des enfants et des adolescents sont sous pression et voient leurs conditions de travail se dégrader avec des conséquences négatives sur le bien-être des jeunes.

 

L’école, qui devrait être un lieu de protection et d’épanouissement, est elle aussi sous tension. Elle est aujourd’hui un espace alimenté par une culture de la performance, où les jeunes subissent les rythmes dictés par les contraintes des adultes et où  le harcèlement peut s’installer beaucoup trop facilement.

 

Les experts sollicités au cours des tables rondes organisées par le comité stratégique de Solidaris nous l’ont répété : la souffrance des jeunes ne se réduit pas aux vulnérabilités individuelles, elle est avant tout le symptôme d’une société qui va mal.

 

Comme s’interroge très justement la pédopsychiatre Fanny Gollier-Briant : « Comment grandit-on dans une société qui nous jette à la tête l’absurdité du monde, dans un univers où certains adultes font n’importe quoi ? ». C’est pour cette raison que Solidaris publie ce mémorandum : pour repolitiser la santé mentale des enfants et des jeunes, reconnaître les responsabilités collectives dans la production de leur mal-être, et déployer des politiques ambitieuses à la hauteur de l’enjeu.

 

Solidaris appelle à un plan d’actions interfédéral pour la santé mentale des enfants et des jeunes articulant explicitement santé mentale, déterminants sociaux et environnementaux. Ce plan d’actions doit inscrire le bien-être des enfants et des jeunes au cœur des politiques publiques et dans des stratégies plus larges visant à agir sur l’accès à une éducation de qualité, à un emploi stable et à des conditions matérielles décentes (revenus, logement, accès aux droits) tout en renforçant les dispositifs de prise en charge de la santé mentale des enfants et des jeunes pour répondre aux besoins et aux vulnérabilités individuelles.

 

Enfin, et ce sont les jeunes qui nous le disent, le mal-être croissant de la jeunesse vient de l’absence de perspectives, de reconnaissance et d’horizons collectifs d’une génération exposée aux crises sans pour autant avoir le sentiment de prise sur elles. Le mal-être naît de la non tenue de promesses sociales élémentaires et de la désillusion face à des institutions perçues comme incapables de répondre à leurs besoins fondamentaux. Et pourtant, loin d’être uniquement marquée par le repli ou la défiance, notre jeunesse constitue une force de solidarité, d’engagement et de résilience. Les mobilisations écologiques, l’engagement associatif et les formes de volontariat témoignent d’un désir d’action et d’utilité sociale.

 

Il faut dès lors penser la jeunesse non comme « un problème à gérer », mais comme un acteur central de la résilience démocratique et sociale. En commençant par considérer et écouter les jeunes comme des citoyens et citoyennes ayant quelque chose à dire du monde dans lequel ils vivent. Ensuite, en reconnaissant et en soutenant leur engagement pour transformer leurs angoisses et leurs sentiments d’impuissance en capacité collective d’agir pour une société égalitaire, inclusive, créative et protectrice du vivant.

 

Les jeunes ne sont pas seulement l’avenir : ils en sont la condition. Il faut leur offrir les moyens d’avancer, de s’affirmer et de contribuer pleinement à la société. C’est là aussi que se joue notre avenir collectif.

Consulter notre Mémorandum "La santé mentale des enfants et des jeunes : 10 priorités pour agir maintenant !"

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Synthèse Memorandum santé mentale des enfants et des jeunes

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Memorandum santé mentale des enfants et des jeunes

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