Cette enquête rappelle notamment l’affaire de la petite Pia, cette enfant de 10 ans atteinte d’une rare atrophie et qui, face au prix exigé par la firme pharmaceutique, 1,9 million d’euros, a dû recourir à une cagnotte géante pour se soigner. Une situation indigne dans un pays doté de l’un des systèmes de soins de santé les plus performants au monde.
Bruxelles, le 13 avril 2026.
On y apprend aussi que le coût par traitement du Keytruda s’élèverait, hors ristournes, à environ 100 000 euros.
« Nous assistons à un transfert d’argent public, issu des cotisations sociales, vers de grandes entreprises qui profitent de nos systèmes de solidarité pour augmenter sensiblement leurs profits. Je pose la question : qui profite réellement de notre sécurité sociale sans être contrôlé ni régulé ? Nous avons un exemple sous nos yeux », souligne Jean-Pascal Labille, Secrétaire général de Solidaris.
Un prix qui ne relève pas de la santé publique, mais d’une logique de profit pur
Au Royaume-Uni, une étude a été réalisée sur le Keytruda et démontre que ce médicament a été payé cinq fois plus que ce qu’il aurait dû coûter.
En Belgique, avec notre système de calcul du prix mis en place par Solidaris et en prenant un médicament comparable (l’opdivo), il apparaît que le prix exigé par la firme MSD est jusqu’à 35 fois supérieur au prix juste (hors ristournes), si l’on applique le modèle du « fair price ».
L’étude de Solidaris réalisée en 2024, pointait déjà qu’en appliquant un modèle de juste prix, près de 1 milliard d’euro par an pouvait être récupéré et constituait du surprofit des firmes pharmaceutique.
Plus frappant encore : noir sur blanc, l’enquête indique que moins de 1 % des 65 milliards d’euros de chiffre d’affaires de MSD seraient consacrés à la recherche et au développement de ce médicament, un argument pourtant régulièrement avancé pour justifier des prix démesurés.
Une situation démocratique contestable
Par ailleurs, l’absence totale de transparence dans les négociations prive les institutions démocratiques, comme le Parlement, de leur capacité à exercer pleinement leur rôle de contrôle.
Il est donc urgent de faire toute la lumière sur le prix des médicaments cancéreux.
C’est pourquoi, au vu des informations révélées aujourd’hui et du manque persistant de transparence, Solidaris plaide pour la mise en place d’un processus de fixation claire et transparent du prix des médicaments.
Ces constats rejoignent ceux que Solidaris formule de longue date ; www.lejusteprixdesmedicaments.be
Par ailleurs, en partenariat avec l’AIM (Association Internationale de la Mutualité) Solidaris a développé un modèle de « juste prix » visant à concilier les intérêts de l’ensemble des acteurs : ceux des patients, qui doivent avoir accès à des traitements efficaces et financièrement accessibles ; ceux des firmes pharmaceutiques, qui doivent pouvoir dégager des profits soutenables pour continuer à investir ; et ceux de la sécurité sociale, qui ne peut supporter des dépenses disproportionnées au bénéfice des actionnaires.
« Il est possible de transformer le modèle pour que chacun y trouve son compte, mais pour cela il faut redonner à l’ensemble du monde politique les clés de compréhension de ce qui se passe sous nos yeux, c’est pourquoi nous plaidons pour un processus de fixation de prix des médicaments clair et transparent » conclut Jean-Pascal Labille.