En Belgique, cette étude démontre que l’application de prix justes sur ces dix médicaments aurait permis de réduire les dépenses de médicaments de 71% soit 819 millions par année.
Cette étude fait aussi écho à l’enquête sur le Keytruda (médicament oncologique) du consortium de journalistes internationaux dévoilée la semaine passée et relayée dans des dizaines de pays qui démontrait la pression majeure que les dépenses injustifiées pour ce seul médicament faisaient peser sur les finances des systèmes de sécurité sociale.
« Quand on voit que certains prix pourraient diminuer jusqu’à 97 %, il ne s’agit plus d’un débat technique mais d’un choix de société. Cet argent public doit servir au bien-être de la population et à renforcer notre système de santé, pas à financer des marges excessives » déclare Jean-Pascal Labille, Secrétaire général de Solidaris.
Que dit cette étude ?
L’analyse a porté sur dix médicaments encore protégés par un brevet couvrant des traitements dans les domaines de l’oncologie, des maladies rares et des affections chroniques, et leur impact budgétaire en Belgique, en Estonie, en Allemagne, aux Pays-Bas, en Slovénie et en Suisse. Les résultats montrent une tendance claire : les prix payés par les systèmes de santé sont totalement déconnectés des coûts réels de mise sur le marché d’un médicament et de la valeur thérapeutique apportée aux patients.
Les systèmes de santé solidaires en jeu
Les prix excessifs des médicaments exercent une forte pression budgétaire sur les systèmes de santé fondés sur la solidarité, affaiblissent le pouvoir de négociation des autorités publiques et mettent l’accès aux traitements en péril. Des médicaments surpayés réduisent les ressources pour les autres soins de santé. L’application de prix justes aux dix médicaments sélectionnés aurait entraîné une réduction moyenne pondérée de 77 % des dépenses brutes et de 73 % des dépenses nettes dans les pays participants.
L’écart de prix est particulièrement visible dans le domaine des médicaments anticancéreux
Des écarts de prix très importants ont été observés dans le domaine des médicaments contre le cancer qui représentent un défi financier majeur pour les budgets de santé dans toute l’Europe : les traitements anticancéreux, qui coûtent des dizaines de milliers d’euros pour un seul patient, pourraient voir leur prix baisser de 87 %.
Comment parvenir à des prix équitables pour tous ? Le calculateur de prix justes de l’AIM/Solidaris est un outil transparent conçu pour calculer un prix abordable pour les systèmes de santé et les patients, tout en offrant aux laboratoires pharmaceutiques des incitations suffisantes pour investir dans l’innovation et la production. Le modèle prend en compte les coûts de recherche et développement, les coûts de production, les coûts de commercialisation et d’information médicale, une marge bénéficiaire raisonnable et, lorsque cela se justifie, une prime à l’innovation liée à la valeur thérapeutique ajoutée. L’analyse de base a utilisé un montant forfaitaire de 800 millions d’euros par médicament pour la R&D.
Nous avons besoin d’un changement de paradigme dans le secteur pharmaceutique
L’AIM estime que la situation actuelle n’est pas acceptable. Lorsque les prix des médicaments sont fixés à des niveaux qui ne peuvent être justifiés par les coûts sous-jacents ou la valeur pour la santé publique, les gouvernements et les organismes payeurs doivent être prêts à les remettre en cause avec plus de fermeté.
Notre étude réalisée en 2024, pointait déjà qu’en appliquant un modèle de juste prix, près de 1 milliard d’euro par an pouvait être récupéré et constituait du surprofit pour les firmes pharmaceutiques.
« Il est temps de changer radicalement la manière dont on fixe le prix des médicaments. La Belgique et l’Europe ont une opportunité historique de reprendre le contrôle face à des prix aujourd’hui injustifiables. » souligne Jean-Pascal Labille, Secrétaire général de Solidaris.
Un pouvoir de négociation accru est essentiel
L’AIM appelle à un renforcement des capacités de négociation publiques et à des approches de fixation des prix qui reflètent mieux à la fois la valeur thérapeutique et les coûts d’investissement réels. L’étude montre que le modèle de tarification juste peut renforcer la position de négociation des acheteurs et faciliter les discussions sur les prix et le remboursement. Ce modèle est déjà utilisé dans la pratique par les assureurs santé néerlandais lorsqu’ils négocient les prix des médicaments avec les laboratoires pharmaceutiques.
Pour découvrir l’article issus de la revue scientifique en pièce jointe. Pour découvrir Le calculateur de prix juste AIM/Solidaris