Malgré 2,4 milliards d’euros de bénéfices nets en 2025 pour GSK Biologicals (la branche de GSK spécialisée dans les vaccins), des aides publiques majeures et 200 millions de remboursements de médicaments par la sécurité sociale, l’entreprise sacrifie des emplois.
Bruxelles, le 16 octobre 2026.
Pour la mutualité et le syndicat, cette annonce révèle aussi un autre enjeu majeur : les conséquences d’une course aux surprofits de l’industrie qui redirige massivement ses investissements vers les traitements les plus rentables au détriment du reste de son activité productive. Les licenciements sont une conséquence des prix trop élevés des traitements oncologiques qui poussent tout le secteur à exiger des taux de rentabilité absolument délirants. Ce chantage à des taux de rentabilité toujours plus faramineux est insoutenable pour le budget de la sécurité sociale et injuste pour les patients et les travailleurs.
GSK réoriente ses ressources vers les médicaments de spécialité, notamment l’oncologie, et cherche à accroître ses marges déjà extrêmement importantes. Les études de Solidaris et de l’Association internationale de la mutualité (AIM) montrent en effet que certains traitements sont vendus jusqu’à vingt fois le juste prix estimé. Des marges phénoménales qui attisent l’appétit démesuré des actionnaires de l’entreprise.
Solidaris et le SETCa estiment que l’absence de régulation des prix des médicaments contribue à ces arbitrages industriels.
Les pouvoirs publics doivent reprendre la main sur les prix et sur les contreparties exigées en échange des aides publiques.
Des activités rentables et un soutien public massif
La course à une rentabilité toujours plus élevée ne doit pas faire oublier les marges déjà élevées sur les activités existantes. En Belgique, le portefeuille de GSK comprend, outre les vaccins, les antibiotiques Clamoxyl et Augmentin, ainsi que les traitements des maladies respiratoires, dont le Nucala, utilisé contre l’asthme. Chaque année, ce sont 200 millions d’euros de médicaments qui sont remboursés à GSK par la sécurité sociale belge.
On peut questionner le « manque de rentabilité » des vaccins comme le Rotarix, vaccin contre le rotavirus, vendu à 72,95 euros, ou le Shingrix, vaccin contre le zona, vendu à 163,34 euros alors que les coûts de production sont de quelques euros par vaccin. Ou encore celle de ses médicaments dans le domaine respiratoire. Les anciens traitements, comme le Seretide ou le Ventolin, qui coûtaient quelques dizaines d’euros par inhalateur, ont fait place au Nucala qui atteint près de 1 000 euros pour 100 mg, permettant au groupe GSK dans son ensemble de dégager plus de 6 milliards de profit en 2025.
Cette rentabilité considérée comme insuffisante doit en outre être mise en perspective avec les 5,7 milliards d’euros affectés à la rémunération de ses actionnaires en 2025, dont 3,3 milliards prélevés dans ses réserves pour compléter les 2,4 milliards de bénéfices de 2025.
Ces bénéfices proviennent aussi du soutien de la collectivité.
Selon les estimations de la FGTB, GSK aurait reçu environ 481 millions d’euros d’aides publiques et d’avantages fiscaux pour la seule année 2025. À ce soutien s’ajoutent les remboursements de médicaments par la sécurité sociale.
Les vaccins et médicaments de GSK sont donc rentables et l’entreprise, selon son propre aveu, se porte extrêmement bien.
L’oncologie au coeur de la course au surprofit
GSK estime que ces profits pourraient être beaucoup plus importants encore si l’entreprise concentrait davantage ses recherches et sa production dans les traitements contre les cancers.
Les études de Solidaris et de l’Association internationale de la mutualité (AIM) montrent en effet que
certains de ces traitements dits « innovants » sont vendus jusqu’à 20 fois leur juste prix estimé1.
Selon les travaux de Solidaris, l’application d’un modèle de juste prix permettrait de récupérer près
d’un milliard d’euros par an en Belgique2.
Et ces écarts sont particulièrement marqués en oncologie. Le Keytruda, commercialisé par MSD, est
ainsi vendu 18 fois son juste prix estimé. Face au cancer, l’urgence de soigner donne aux laboratoires un pouvoir considérable dans la négociation des prix et les États plient devant l’exigence d’un tel remboursement.
GSK est déjà présent sur ce marché avec le Jemperli, utilisé contre le cancer de l’endomètre. Selon le calculateur AIM3, son juste prix en Belgique serait d’environ 26.000 euros, contre un prix de 76.000 euros remboursé par la sécurité sociale, soit près de trois fois plus.
Pour Solidaris et le SETCa, de telles perspectives de rentabilité encouragent les entreprises à orienter leurs ressources vers les traitements les plus lucratifs, avec des conséquences pour l’emploi et les priorités de santé publique puisque d’autres médicaments indispensables comme certains vaccins
ne seraient plus développés.
Reprendre la main sur les prix et les aides publiques
Depuis 2023, Solidaris dénonce ce transfert d’argent de la sécurité sociale vers les surprofits pharmaceutiques à travers sa campagne « Le juste prix des médicaments ». Le modèle développé
avec l’AIM permet de rémunérer justement la recherche et l’innovation tout en préservant les moyens consacrés aux soins.
Avec les suppressions d’emplois envisagées chez GSK, la régulation du secteur apparaît aussi comme un enjeu social majeur. Les pouvoirs publics doivent fixer des prix justes et transparents, en Belgique et à l’échelle européenne, pour les traitements oncologiques, les maladies rares et les maladies chroniques. Permettre à un secteur de réaliser des marges délirantes conduira à la fermeture progressive des autres secteurs d’activité moins lucratifs mais pas moins utiles pour la santé de la
population. La solution pour conserver l’emploi et des soins de santé solides se trouve donc du côté de la régulation.
Les politiques doivent également conditionner les aides publiques à des engagements clairs en matière d’emploi, de recherche et d’ancrage industriel.
Pour le SETCa, conditionner les aides publiques c’est obtenir la garantie au minimum d’un maintien d’emploi lorsque des aides publiques sont octroyées. Les aides publiques accordées aux centres de recherche doivent elles être conditionnées à la mise en production dans notre pays.
Sans intervention politique, la recherche de rendements toujours plus élevés continuera de peser sur les choix industriels. L’argent de la collectivité doit servir à soigner, à innover et à soutenir des emplois durables. La santé, les soins et les traitements ne devraient pas être des marchandises. La marchandisation de la santé est délétère pour les patients et les travailleurs.
1. Stokx, J., Hendrickx, A., Veliste, K. et al. Balancing Innovation and Access: Insights from AIM’s Fair Pricing
Model and Its Current and Future Applications. PharmacoEconomics (2026). https://doi.org/10.1007/s40273-026-
01615-2
2. Hendrickx A., Vos B., Vrancken J. Quel serait l’impact d’un prix juste pour les médicaments en Belgique ?
Analyse sur base de 7 médicaments. 2022. Etude-Solidaris_Fair-price_2022.pdf
3. Home : Fair Pricing Calculator